À propos de la dix-septième édition du Festival Playground

Festival Playground

Repetitie met Bodybuilder Jurgen van Wesenmael, Jivan van der Ende, 2023

Repetitie met Bodybuilder Jurgen van Wesenmael, Jivan van der Ende, 2023 © Anaïs Chabeur

En novembre, M et le STUK organisent ce qui est déjà la dix-septième édition du Festival Playground, une aire de jeux où les artistes associent pendant quatre jours des éléments des arts plastiques et des arts de la scène dans des performances en live captivantes.

Repetitie met Bodybuilder Jurgen van Wesenmael, Jivan van der Ende, 2023

Repetitie met Bodybuilder Jurgen van Wesenmael, Jivan van der Ende, 2023 © Anaïs Chabeur

Des amateurs d'art du monde entier viennent spécialement à Louvain

Steven Vandervelden
Directeur général et artistique du STUK

Steven Vandervelden est directeur général et artistique du STUK. Il a contribué à la naissance du festival en 2007.

 

« Playground a démarré comme un projet du STUK, à l'initiative de moi-même et d'Eva Wittocx. Elle est actuellement conservatrice en chef d'art contemporain à M, mais à l'époque elle travaillait chez nous. »

 

« Nous avions eu cette idée lors de Performa, une biennale new-yorkaise qui invite des plasticiens à s'exprimer sur un plateau. C'était un concept inédit à l'époque, les univers des arts plastiques et des arts vivants étaient totalement séparés. Mais cette approche nous plaisait et nous avons décidé de l'introduire en Europe. Depuis lors, Playground a acquis une sérieuse réputation. Chaque année, des commissaires d'exposition et des étudiants d'art viennent spécialement à Louvain pour le festival. »

En fait, c'est très simple

« En 2009, Eva est partie à travailler au musée M qui ouvrait tout juste ses portes. C'est ainsi que tout s'est mis en train et que nous avons organisé Playground conjointement avec M. Pour un festival interdisciplinaire, la combinaison d'un centre d'arts et d'un musée est idéale. Même si j'assure la direction du STUK depuis des années, je continue à participer à la programmation de Playground. J'ai du mal à lâcher le festival. » (rires)

 

« Les gens demandent parfois ce que Playground est exactement, mais en fait, c'est très simple. Le festival est axé sur trois paramètres : l'orientation du regard, la durée et l'opposition groupe/individu. Dans les arts de la scène, ces paramètres sont définis : on regarde un plateau où se déroule un spectacle d'une durée déterminée, et on le fait en compagnie d'autres personnes. En art plastique, ces paramètres sont définis librement : l'individu décide s'il regarde une œuvre et comment il le fait, pendant combien de temps – en moyenne 11 secondes, nous apprennent des études –, et il le fait seul. Lors de Playground, l'art plastique est notre point de départ, mais nous jonglons avec les paramètres. Un exemple : souvent l'orientation du regard n'est pas déterminée à l'avance, les spectateurs peuvent s'installer tout autour des interprètes ou se balader. Et certaines performances n'ont pas de durée fixe ; elles se prolongent pendant des heures et les spectateurs entrent et sortent quand ils le veulent. »

Vue de l’exposition performance Grace Schwindt sur Playground Performance Festival 2018 à M Leuven

 

Vue de l’exposition performance Grace Schwindt sur Playground Performance Festival 2018 à M Leuven, photo: Robin Zenner pour M Leuven

 

Pour la énième fois

« Même si le festival est annuel, pour composer une nouvelle édition nous attendons que la précédente soit terminée. C'est exceptionnel, car la plupart des festivals se préparent des années à l'avance. Vers la fin de l'année, nous nous réunissons à trois – Eva Wittocx et Lore Boon pour M, moi pour le STUK – et nous effectuons une première sélection de noms. Au fil des mois suivants, nous peaufinons la liste jusqu'à ce qu'il reste une quinzaine d'artistes. Nous les répartissons ensuite entre les deux lieux, d'une manière très ouverte, en examinant où chaque performance est davantage à sa place. »

 

« Nous ne partons pas d'une thématique donnée, même si après coup il arrive souvent qu'un fil rouge se dessine. Nous recherchons surtout des équilibres – entre art plastique et art vivant, entre talents locaux, nationaux et venus d'autres pays, entre noms connus et artistes prometteurs que nous voulons lancer, entre genres, entre performances pour un large public et un public de niche… Il nous arrive d'être coproducteurs ; nous offrons alors aux artistes un lieu de travail et un encadrement technique pour réaliser une nouvelle création. Nous mettons également à l'affiche des performances qui ont déjà été présentées ailleurs, sans toutefois servir du “réchauffé”. Notre objectif est toujours de proposer trois quarts de premières internationales ou belges. »

 

« Nous traçons aussi des parcours en faisant revenir certains artistes lors de plusieurs éditions. Un exemple est buren, un duo d'artistes qui revient déjà pour la… énième fois à Playground (rires). Mais cette fois-ci, la démarche est différente. Au lieu de proposer une nouvelle production, ils effectuent une résidence de plusieurs semaines, se soldant par deux présentations de travail au STUK – l'une accompagnée de musique en live, l'autre sans. Différentes à chaque fois, inachevées à chaque fois. »

Claquements de fouet

« Pointer des moments forts est difficile, mais au STUK j'attends avec impatience “Fléau” d'Agnès Geoffray, une brève performance où cinq interprètes font claquer des fouets. C'est une référence à un rituel suisse servant à chasser les esprits malins après l'hiver. »

 

« ”Stonework” d'Espen Hjort et Mees Borgman est un duo pour une interprète et une pierre. L'œuvre s'inscrit dans la tendance artistique consistant à attribuer des caractéristiques humaines aux objets et inversement. C'est fascinant. »

 

« À M, je suis curieux de découvrir la première belge d'“IFIF” d'Emily Mast, une plasticienne californienne. Elle installe au sol une grille composée de 16 carrés et y exécute une espèce de chorégraphie en compagnie d'autres danseurs. Chaque interprète réagit aux mouvements des autres, mais l'ordre de ces mouvements n'est pas fixe et les rôles sont aussi échangés en cours de route. Le résultat est une combinaison de gestes spontanés et appris au préalable. Ça peut sembler un peu abstrait, mais je pense que ça plaira à beaucoup de visiteurs. »

 

« J'ai aussi hâte de voir à l'œuvre Ariane Loze, qui invite les visiteurs de M à jouer un rôle dans sa performance. Ou Judith Van Oeckel, une Louvaniste pur-sang. Elle a suivi une formation de danseuse, mais est tombée malade ; à présent elle vend des mouvements de danse. Si vous voulez savoir comment ça marche, venez la voir à M ! »

 

« N’oubliez pas non plus de passer au STUK. Nous avons rouvert les portes depuis juin, après de longs travaux de rénovation. Le bâtiment, qui a plus de cent ans, en avait terriblement besoin. Nous l'avons rendu plus résistant aux changements climatiques et mieux accessible. Une grande partie de l'éclairage a été remplacée par des ampoules LED et désormais il ne faut plus sortir pour aller aux toilettes. Mais la période des travaux a été laborieuse : d'abord il y a eu le Covid, ensuite la crise énergétique et la hausse des prix... Mais voilà, nous y sommes arrivés et nous sommes très fiers du résultat. Osons le dire : Louvain a dorénavant le plus beau centre d'arts du pays ! »

'Fleau', Agnès Geoffray, performance

'Fleau', Agnès Geoffray, performance, foto: © Manon Gallois

Artistes participants :

Emily Mast, Luísa Saraiva, Agnès Geoffray, buren, Dimitri Vangrunderbeek, Jivan van der Ende, Elize Charcosset, Wim De Pauw, Espen Hjort & Mees Borgman, Judith Van Oeckel, Ariane Loze, Alice Theobald, Meg Stuart, Diane Mahín & Manuel Groothuysen, Charlotte Bouckaert.

La Ribot, Playground 2022, M Leuven

La Ribot, Playground 2022, M Leuven, foto: © Robin Zenner

Playground 2023

16.11.2023 - 19.11.2023