« The Migration of the Wings » : Jill Magid à M

Jill Magid, 'The Migration of The Wings', two-channel digital video, sound (in progress), film still, 2023

Jill Magid, 'The Migration of The Wings', two-channel digital video, sound (in progress), film still, 2023

THE MIGRATION OF THE WINGS

Jill Magid à M

« The Migration of the Wings » est une installation multimédia dont le point de départ est surprenant, puisqu'il s'agit de « La Cène », le célèbre triptyque de Dieric Bouts conservé à la collégiale Saint-Pierre de Louvain. À partir d'avril, vous pouvez voir cette œuvre de Jill Magid à M.

 

Jill Magid, 'The Migration of The Wings', two-channel digital video, sound (in progress), film still, 2023

Jill Magid, 'The Migration of The Wings', two-channel digital video, sound (in progress), film still, 2023

Magid est une New-Yorkaise qui a déjà exposé dans le monde entier. Pourquoi a-t-elle choisi comme source d'inspiration un tableau religieux réalisé au Moyen Âge à Louvain ?


Jill Magid : « Il y a quelques années, Valerie Verhack de M m'a proposé de créer une nouvelle œuvre. Je suis partie en quête d'inspiration dans la collection en ligne de M et je suis tombée en arrêt devant “La Cène”. J'avoue que je ne connaissais pas l'œuvre, mais j'ai d'emblée été fascinée par elle. »


« À l'époque je travaillais sur une commande pour la série Artists on Artists de la Dia Art Foundation à New York, une conférence sur la cinéaste belge Chantal Akerman. Sa manière de représenter ses personnages était très caractéristique : une vue frontale, au niveau des yeux, souvent silencieuse et l'air inexpressif. J'ai retrouvé une attitude comparable sur le panneau central de “La Cène”. Cette scène représentant Jésus et ses apôtres est baignée d'un silence serein, quasiment hermétique. Le contraste est énorme avec les quatre volets latéraux, les “wings” ou “ailes”, sur lesquels on aperçoit du mouvement, de l'action, de l'agitation. J'ai su d'instinct que ce serait le point de départ de l'‹œuvre que je réaliserais. »

« Je me suis alors penchée sur l'histoire de ce triptyque, ce qui a confirmé mes premières impressions. Le panneau central représente un épisode du Nouveau Testament, le récit du Christ, fondement du christianisme. Les panneaux latéraux évoquent des scènes de l'Ancien Testament qui, comme vous le savez, est également le livre saint des Juifs. Bouts, ou surtout les théologiens qu'il avait consultés, considéraient ces scènes comme une préfiguration du dernier repas pris par Jésus en compagnie de ses apôtres. Mais en les examinant de plus près, on voit à chaque fois des images de Juifs en fuite. En bas à gauche, par exemple, est représenté le sacrifice de Pâques juif. On voit une table au milieu de la scène, mais personne n'y est assis. Des hommes et des femmes l'entourent, debout, une canne à la main, et la porte est ouverte. Autrement dit : ils peuvent s'esquiver d'un moment à l'autre. »


« Pour moi, “La Cène” parle du pouvoir. Au centre, on voit la majorité qui définit la norme, sur les côtés se trouve la minorité qui est littéralement reléguée dans la marge. Cela se retrouve même dans le nom du triptyque : officiellement il est intitulé “Retable du Saint-Sacrement”, mais tout le monde parle de “La Cène”, alors que ce n'est là que le panneau central. Le langage masque donc ce qui se passe dans la marge. »

Image
Laatste Avondmaal (middenpaneel: Laatste Avondmaal)
Image
Laatste Avondmaal (linker zijluik: Ontmoeting van Abraham en Melchisedek)
Image
Laatste Avondmaal (linker zijluik: joods Paasmaal)
La Cène, Dieric Bouts, 1464-1468, Collection M Leuven, source: artinflanders.be, photo: Dominique Provost
Image
Laatste Avondmaal (rechter zijluik: Verzamelen van het manna in de woestijn)
Image
Laatste Avondmaal (rechter zijluik: Elias en de engel)

Jill Magid. The Migration of the Wings, du 07.04.23 au 10.09.23