An Olaerts écrit à propos de la Collection de M
An Olaerts écrit à propos de la Collection de M

Zaalzicht 'Collectie van M', 2024, M Leuven, foto: © Wouter Van Vooren voor M Leuven
Cela ne vous aura pas échappé : depuis l’été dernier, nous avons entièrement renouvelé la présentation de notre collection. Jusqu’en 2029, vous pourrez découvrir une nouvelle sélection de quelque 300 œuvres anciennes et contemporaines réparties sur 11 salles. L’ensemble constitue la Collection de M.

Zaalzicht 'Collectie van M', 2024, M Leuven, foto: © Wouter Van Vooren voor M Leuven
Vous connaissez peut-être An Olaerts en tant que chroniqueuse dans le quotidien De Standaard. À l’invitation de M, elle a cherché dans les salles du musée une réponse à la question suivante : comment diable choisir 300 œuvres dans une collection de 58 000 pièces ?
Il faut du courage, voire du cran pour réduire 58 000 œuvres à 300 ! Et peut-être une formule magique aussi. Et quelques prises de bec ? Les conservateur·rices de M Leuven jurent tous les dieux que ce ne fut pas le cas. Ni cris ni larmes dans les réserves du musée. Pas d’échanges acerbes dans la salle de réunion. Même réuni·es autour de la table face à des courants artistiques radicalement divers – en provenance d’églises anciennes ou d’ateliers contemporains. Tous et toutes partageaient la même conviction quant au récit qu’ils et elles voulaient raconter.
La nouvelle « collection anniversaire » de M enlace les contradictions et l’agitation comme des ballons festifs. L’exposition célèbre l’être humain, qui, après des siècles et des siècles, fait encore face aux mêmes tracas et aux mêmes émerveillements. Le monde est parfois une vallée de larmes, d’autre fois pas. Mais il y a toujours, absolument toujours, des pas qui ont déjà parcouru le chemin et tracé la voie dans l’histoire, que ce soit celle d’éclopé·es, d’athlètes, d’escargots, de pilotes, de grognon·nes ou de saints pétrifiés. Quelle que soit l’époque, l’art nous démontre que nous ne sommes jamais seul·es.

Zaalzicht 'Collectie van M', 2024, M Leuven, foto: © Wouter Van Vooren voor M Leuven

Wouter Van Vooren voor M Leuven

Wouter Van Vooren voor M Leuven

Wouter Van Vooren voor M Leuven

Zaalzicht 'Collectie van M', 2024, M Leuven, foto: © Wouter Van Vooren voor M Leuven

Wouter Van Vooren voor M Leuven
Si la solitude était une pièce, on pourrait voir pendre un ballon imaginaire dans un coin du plafond. Quelqu’un était déjà là avant soi. Et après soi, quelqu’un d’autre viendra. Il ne faut jamais l’oublier ! Mais si on venait à l’oublier, il faut se réfugier à M Leuven où onze salles nous donnent à entendre le murmure du temps. « Ah, être humain, sois attentif·ve. Laisse-toi réconforter. Vois saint Jérôme dans son étude, assis à sa table sur laquelle est posé un crâne. Vois Chronos dans le fil de laine d’une tapisserie. Vois la jeune fille au bord d’une rivière qui fixe un sabot avec une voile sur l’eau.
L’art peut tout, naviguer sur de la peinture et flotter sur de l’indignation. Le portrait de Sakala, le garçon congolais scolarisé à Gand, s’insinue en nous comme du venin. Son histoire nous ronge le cœur, même si l’on est un·e sauvage post-moderne, un·e visiteur·euse de musée blasé·e ou un·e instagrammeur·euse à la capacité d’attention d’un poisson rouge. La nouvelle disposition comporte tellement d’accroches qu’on s’attarde toujours quelque part, elle agit comme un aimant. Nos remerciements à la bravoure des conservateur·rices, des chef·fes de département et des médiateur·rices.

Wouter Van Vooren voor M Leuven
« Nous ne suivons pas de chronologie », expliquent-ils et elles. « Nous optons pour la “transhistoire”. » Table rase de l’ordre établi est le résumé insolent qu’ils et elles ne feraient jamais, parce que trop courtois·es pour fulminer. Raison pour laquelle ils ont engagé une chroniqueuse à la langue bien pendue, qui n’hésite pas à intimer sans gêne : Allez-y ! Allez voir, trois fois même, car c’est dense. Et drôle. Et intense, tendre, captivant, triste, difficile et de tous les temps. Du reste, il y a aussi du porno, comme il y en aura toujours et comme cela perdure depuis des temps immémoriaux. Suffit d’oser.
An Olaerts
Autrice, journaliste et chroniqueuse