Provenance et art spolié
Provenance et art spolié

La légende de saint Quentin, inconnu, 1537, Collection de la Communauté flamande à M Leuven, CC0, source : artinflanders.be, photo : Dominique Provost
Pour dresser l'inventaire d'une collection muséale, il est important d'établir et de documenter la provenance des œuvres d'art et objets du patrimoine. Malheureusement cela n'est pas toujours simple, car souvent des données importantes n'ont pas été enregistrées ou se sont perdues dans un passé lointain ou plus récent, par exemple en temps de guerre ou de conflit. La collection de M comprend une œuvre, La légende de saint Quentin, qui présente un tel problème. Le tableau a été sauvé de la destruction en Allemagne par les « Monuments Men », mais après sa restitution à la Belgique en 1945 il n'a pas été possible de le rendre à un propriétaire légitime.

La légende de saint Quentin, inconnu, 1537, Collection de la Communauté flamande à M Leuven, CC0, source : artinflanders.be, photo : Dominique Provost
Biens culturels spoliés et disparus
Pendant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux biens culturels et œuvres d'art provenant de collections publiques et privées ont été abandonnés, spoliés et/ou volés, également en Belgique. Parallèlement a démarré un commerce d'art de grande envergure, surtout en Europe occidentale et en Europe centrale. Après la guerre, de nombreux biens culturels ont été recherchés, récupérés et restitués aux propriétaires légitimes, à leurs héritiers ou aux États concernés. La provenance n'était toutefois pas claire pour l'ensemble des objets recouvrés ; il n'a pas été possible de déterminer avec certitude si ces pièces avaient été spoliées et qui en était le propriétaire avant la guerre. Après l'Occupation et la Libération, certains de ces biens culturels sont alors entrés dans des collections publiques ou privées.
Lors de la Conférence de Washington de 1998, la Belgique a approuvé les principes concernant les biens culturels spoliés et disparus sous le national-socialisme. Les musées et institutions culturelles belges ont examiné la provenance de ces biens culturels en collaboration avec la Commission d'étude des biens juifs et la Commission de dédommagement des membres de la communauté juive. Il s'agissait d'œuvres d'art ayant pu faire l'objet de spoliations ou d'acquisitions nationales-socialistes, et d'une restitution à et par la Belgique après la guerre.
Cette enquête a duré plusieurs années. À sa conclusion, et par souci de transparence, il a été décidé de regrouper dans une base de données les œuvres d'art dont la provenance n'a pas pu être établie ou reste incomplète, afin de recueillir davantage d'informations sur leur historique d'acquisition. Cette base de données nationale se concentre principalement sur les tableaux et sculptures entrées dans des collections muséales après la Seconde Guerre mondiale. Les recherches s'effectuent en étroite collaboration entre les Communautés, les Autorités fédérales et les institutions et musées concernés.
Pas toujours malveillant
Pour être complets, précisons que l'état de guerre n'est pas l'unique cause possible de lacunes dans l'historique des œuvres d'art. Si l'absence de documents et de pièces d'archives est l'obstacle principal à l'élaboration de l'historique d'objets d'art et du patrimoine, d'autres circonstances tels qu'un vol ou l'acquisition, la donation ou l'échange non documenté peuvent aussi l'entraver. Les ambiguïtés concernant la provenance d'une œuvre d'art n'ont donc pas toujours des origines malveillantes.
La légende de saint Quentin
La collection de M comprend également un tableau qui, après sa restitution à la Belgique en 1945, n'a pas pu être rendu à un propriétaire légitime. Il s'agit de La légende de saint Quentin. Toute précision susceptible d'éclaircir l'historique de l'œuvre, plus spécialement au cours de la période d'avant-guerre et des années de guerre, est la bienvenue. Avez-vous des informations sur ce tableau ? N'hésitez pas à prendre contact avec le Service des Collections de M par mail ou par courrier.
Aimeriez-vous en savoir plus sur ce que représente cette œuvre fascinante et sur son contexte ? Alors consultez les pages que lui consacrent le catalogue de la collection en ligne de M et le site Web de la Collection d'Art flamande (VKC). De plus, vous trouverez ci-dessous un aperçu des principaux détails, tels que l'auteur de l'œuvre, ses dimensions, les données de provenance connues, etc.

Le martyre de saint Quentin (détail), inconnu, 1537, Collection de la Communauté flamande à M Leuven, CC0, source : artinflanders.be, photo : Dominique Provost
Peinture double face, représentant au recto la guérison d'un aveugle miséreux et la condamnation de saint Quentin, et au verso son terrible supplice.
Artiste inconnu (Pays-Bas méridionaux), antérieurement attribué à Jan II Van Rillaer (Louvain) et Bernard d'Orley (Bruxelles)
Huile sur panneau de chêne
107 x 96 cm ; max. 125,5 x 114 x 7,4 cm cadre incl.
M Leuven, N° d'inv. S/9/O (anciennement Musée municipal Vanderkelen-Mertens)
Le 20 juin 1928 à Bruxelles, tableau vendu lors de la vente aux enchères de la collection d'Amédée Prouvost, à l'époque attribué à Jan Van Rillaer ; en 1937, répertorié dans la collection du marchand d'art bruxellois De Heuvel en tant qu'œuvre de Bernard d'Orley ; ensuite propriété du marchand d'art Léon Seyffers (1885-1944/45), rue de la Régence à Bruxelles ; en 1941, acquis par le prospecteur Kajetan Mühlmann ; en décembre 1941, vendu par Mühlmann au maréchal Hermann Göring pour 8.000 RM (voir étiquette sur cadre : [...] Mühlmann, Berlin. Dec. 1941, KG 889.) ; en 1945, transfert avec l'ensemble de la collection d'art de Göring de Carinhall à Berchtesgaden, où il a été retrouvé par la division américaine « Monuments, Fine Art & Archives » (Berchtesgaden nr° 123) ; le 25 juillet 1945, transfert au « Central Collecting Point » à Munich (Munich n° 5161) ; le 10 octobre 1946, rapatriement en Belgique (Office de Récupération économique n° A.79) ; en novembre-décembre 1948, exposé dans Chefs-d'œuvre récupérés en Allemagne au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles ; en 1951, confié en prêt au musée de Louvain par l'État belge.
Collection de feu Amédée Prouvost, cat. vente publique, Galerie Fievez, Bruxelles, 20.06.1928, p. 38 et pl. XXXIII (exemplaire dans la collection de M, inv. V/75/5759) ; Bulletin de la Société Royale d'Archéologie de Bruxelles, vol.1936–1937, p. 79 ; F. Beaudouin e.a., Chefs-d'œuvre récupérés en Allemagne, cat. expo, Bruxelles, 1948, p. 31, n° 37 ; Geert Sels, Kunst voor Das Reich. Het wedervaren van schilderijen in onze musea, cahier thématique dans : OKV, vol. 55 (2007) n° 1 (attribué à Jan Van Rillaer) ; De legende van de heilige Kwinten, Zuidelijke Nederlanden, 1537, collectie M Leuven, blog de la Collection d'Art flamande (VKC) « Kunstwerk in focus », 05.10.2021 ; Geert Sels, Kunst voor Das Reich. Op zoek naar naziroofkunst uit België, Lannoo, Tielt, 2022, p. 202-203 ; Geert Sels, Le trésor de guerre des nazis. Enquête sur le pillage d'art en Belgique, Racine, Bruxelles, 2023.

La légende de saint Quentin, inconnu, 1537, Collection de la Communauté flamande à M Leuven, CC0, source : artinflanders.be, photo : Dominique Provost

Le martyre de saint Quentin, inconnu, 1537, Collection de la Communauté flamande à M Leuven, CC0, source : artinflanders.be, photo : Dominique Provost

Le martyre de saint Quentin (détail), inconnu, 1537, Collection de la Communauté flamande à M Leuven, CC0, source : artinflanders.be, photo : Dominique Provost

Étiquette sur le cadre (en bas à gauche), CC0, bron: artinflanders.be, photo : Cedric Verhelst

Sceau sur le cadre (en haut), CC0, bron: artinflanders.be, foto: Cedric Verhelst