La grande exposition de l'automne au M : Thomas Demand
VINGT ANS DE MATURATION
Au M seront également exposées des œuvres élaborées en collaboration avec des architectes. Comment ces collaborations se sont-elles mises en place ?
« Apparemment, des années avant que je n'en aie conscience, mon travail était déjà apprécié par des architectes. Il y a sans doute de nombreuses raisons à cela, mais je suppose que c'est surtout parce que je crée des espaces qui ont du caractère, qui possèdent des qualités narratives et emblématiques que recherchent aussi les architectes. J'ai même appris que des agences d'architectes qui m'étaient inconnues faisaient référence à mon travail dans leurs dossiers d'appels d'offres, ou y incluaient des projets très proches de mes œuvres. On dit que l'imitation est la forme de flatterie la plus sincère, mais j'avoue que là, je trouvais qu'ils exagéraient (rires). Après quelque temps, toutefois, des collaborations en sont nées. D'un côté, je fais souvent appel à l'architecture dans mes expositions et, de l'autre côté, j'ai été invité de plus en plus souvent à creuser mes idées pour en faire de véritables projets architecturaux. »
« C'est l'essentiel de l'exposition au M ; il s'agit de mon travail, de l'architecture et de l'interaction entre les deux. Bien sûr, il y a d'autres artistes qui travaillent sur l'architecture, mais il n'y en a pas beaucoup qui l'abordent de la même façon que moi. Il m'a semblé intéressant de montrer comment les deux domaines peuvent coïncider. »
« L'exposition est passée par un processus de maturation de plus de vingt ans. Certaines pièces que j'ai réalisées entretemps ne peuvent même pas être présentées, comme le pavillon belge de la Biennale d'Architecture de Venise de 2008, un projet d'OFFICE Kersten Geers David Van Severen auquel j'avais apporté une petite contribution. Ou un projet plus récent, celui du KANAL, le musée installé dans l'ancien garage Citroën à Bruxelles. J'ai participé au concours avec 51N4E et Caruso St John, mais notre projet n'a pas été retenu. Dommage, j'aurais bien aimé être directeur de musée. (rires) »
NOUVELLES PIÈCES
À quoi peuvent s'attendre les visiteurs de l'exposition au M ? Y aura-t-il par exemple des pièces à découvrir pour la première fois ?
« Certaines pièces ne sont pas nouvelles, mais nous les présentons dans un contexte inédit. L'une d'elles est ‘Nagelhaus’, un projet jamais réalisé ayant soulevé une polémique à Zurich, pour lequel j'avais collaboré avec Caruso St John. Ou il y a ‘Black Label’, un projet d'espace d'exposition au Japon qui n'a probablement été vu par personne en Europe, surtout pas associé à ‘Untitled (Thomas Demands Here)’, l'œuvre de Rirkrit Tiravanija dérivée de ‘Black Label’ qui sera également exposée au M. »
« Mais la plupart des pièces de l'exposition seront de nouvelles créations, par exemple la série de patrons utilisés par Azzedine Alaïa – un merveilleux couturier, unique en son genre – pour ses prototypes. Nous montrerons aussi trois pavillons que j'ai créés, qui sont en cours de construction au Danemark. C'est la première fois que les ‘Model Studies’ de ce projet-là sont présentées ensemble. En tant qu'exposition photographique, la présentation est particulièrement tridimensionnelle et immersive. »
« Ajoutons que ce n'est pas une exposition monographique classique, puisque j'ai invité plusieurs autres artistes. J'ai déjà parlé de Rirkrit Tiravanija et Caruso St John, mais je pense aussi au sculpteur Martin Boyce et à l'architecte Arno Brandlhuber. Au M, tous ces univers entreront en dialogue. J'ai hâte d'y être. »
L'exposition autour des œuvres de Thomas Demand aura lieu du 09.10.2020 au 18.04.2021.








