La nouvelle structure organisationnelle de M: « Nous souhaitons devenir une organisation guidée par des valeurs »

Portret directie en staf museum M Leuven

© Josefien Tondeleir voor M Leuven

La nouvelle structure organisationnelle de M

« Nous souhaitons devenir une organisation guidée par des valeurs »

Depuis l’ouverture de M Leuven en 2009, nous avons connu une croissance sur tous les plans. Seule notre structure organisationnelle est restée tout ce temps inchangée. C’est pourquoi nous travaillons à la mise en place d’une nouvelle structure plus horizontale, afin de stimuler la coopération interne, de maximiser le bien-être de nos collaborateur·rices et de nous aider à mieux répondre aux défis sociaux.

Portret directie en staf museum M Leuven

© Josefien Tondeleir voor M Leuven

Peter Bary, directeur général, Marjan Debaene, directrice du département d’art ancien, Sigrid Bosmans, directrice du vivre-ensemble, et Lore Boon, membre de la direction chargée de la politique et de la stratégie, en parlent davantage.

Peter Bary (directeur général) : « Tous les deux ans, nous organisons une enquête indépendante sur le bien-être de nos collaborateur·rices. En général, les résultats se révèlent très positifs, mais en 2019 et en 2022, nous avons constaté deux points névralgiques récurrents. Nos collaborateur·rices trouvaient le processus décisionnel trop complexe et les compétences pas toujours assez clairement circonscrites, ce qui pouvait donner lieu à des conflits. »

 

« Sur la base de ces constatations, nous avons fait appel à un organisme externe pour examiner notre structure organisationnelle, jusque-là quasi inchangée depuis 2009, date à laquelle M Leuven a ouvert ses portes. Depuis, nous avons accompli de belles choses et M Leuven s’est aussi considérablement accru : les effectifs ont presque quadruplé. Or, la structure est restée, comme au départ, une organisation hiérarchique et linéaire, avec 12 services répartis en quatre départements, le tout chapeauté par la direction. Qui plus est, les effectifs présentaient du déséquilibre : certains services comptaient beaucoup de collaborateur·rices, d’autres rien qu’un·e seul·e. »

Portret directeur algemeen beheer museum M Leuven

© Josefien Tondeleir voor M Leuven

Marjan Debaene, directrice du département d’art ancien : « Chaque département avait sa propre approche thématique : art ancien, art contemporain, relations publiques et fonctionnement interne. En soi, cela semble logique, mais sur le plan pratique, cela a conduit à du cloisonnement. La plupart de nos activités – expositions, congrès, activités artistiques, programmes pour les ami·es du musée, etc. – sollicitent plusieurs départements, et ceux-ci travaillaient parfois en parallèle. Force est de constater que la logique du département primait sur l’intérêt de l’ensemble. Malgré les meilleures intentions de chacun et chacune, nous avions besoin d’une structure bien plus intégrée. »

 

Unique en Flandre

Peter : « La nouvelle structure est plus horizontale qu’auparavant. Les quatre départements et les douze services font place à six équipes qui ont désormais chacune un·e coordinateur·rice à leur tête, ne sont plus subdivisées en services comme auparavant, et comptent toutes à peu près le même nombre de collaborateur·rices. »

 

« Les équipes ne sont plus constituées selon le contenu, mais par domaine. Cela va des Collections à la Médiation vers le public, en passant par la Communication et l’accueil, la Production, les événements et la technique, le Fonctionnement artistique et la programmation, et les Ressources humaines et matérielles. La répartition des tâches est donc beaucoup plus limpide. Tout le savoir-faire en matière de gestion des collections est ainsi regroupé, par exemple, là où, avant, il était réparti entre l’art ancien et l’art contemporain. »

 

« Les ancien·nes chef·fes des départements d’art ancien, d’art contemporain et de relations publiques deviennent directeur·rices et forment, avec le directeur général, l’équipe de direction de M Leuven. Celle-ci a pour tâche d’élaborer un plan stratégique unique pour l’ensemble de l’organisation, au lieu de plans distincts pour chaque département, comme auparavant. Les compétences étant mieux délimitées, les collaborateur·rices ont plus de temps à y consacrer, peuvent se concerter de manière régulière avec les coordinateur·rices d’équipe et peuvent compter sur le soutien de membres de la direction, de collègues et de conseiller·ères internes. »
 

Lore Boon, membre de la direction chargée de la politique et de la stratégie : « M Leuven réunit sous un même toit un patrimoine muséal et des activités dans le domaine des arts plastiques, ce qui est unique en Flandre. Du coup, nous travaillons sous trois conventions de gestion – une avec la ville de Louvain et deux avec le gouvernement flamand –, car notre institution relève à la fois du décret du patrimoine et de celui des arts. Chaque convention met l’accent sur des aspects différents, et cela rend le tout assez complexe. Grâce à la nouvelle structure, nous pouvons élaborer une stratégie durable qui répond aux différentes conventions de gestion. »

 

Sigrid Bosmans, directrice du vivre-ensemble : « Les changements internes nous aident aussi à répondre à des défis sociétaux. Aujourd’hui, si l’on souhaite être une maison d’art et de patrimoine, il faut réfléchir à son impact sociétal. Cela nécessite des coopérations multidisciplinaires entre collègues ayant des expertises diverses et variées. La nouvelle structure le permet. »

Portret directie en staf museum M Leuven

© Josefien Tondeleir voor M Leuven

Venez voir

Marjan : « Jusqu’à présent, M Leuven était surtout axé sur l’offre : qu’il s’agisse d’une exposition, d’une publication ou de quelque autre événement, nous le présentions au public et l’invitions à venir le découvrir. “Venez voir !” Ce qui est tout à fait compréhensible, surtout pour un musée récent qui devait encore faire sa promotion et construire sa renommée, mais c’était une communication à sens unique. »

 

Sigrid : « À l’avenir, nous voulons davantage axer notre fonctionnement sur des valeurs. En ce moment, nous menons un exercice interne portant sur des valeurs. Quelles valeurs partageons-nous ? Que voulons-nous accomplir ensemble ? Que voulons-nous poursuivre et que voulons-nous suspendre ? Nous voulons recueillir des réponses à ce genre de questions. »

 

« Nous voulons, par exemple, nous concentrer davantage sur les communautés, ces groupes de personnes qui se sentent reliées de l’une ou l’autre manière. Chaque communauté a un angle de vue qui lui est propre. Les artistes peuvent avoir d’autres raisons de se sentir lié·es à M Leuven que les bénévoles qui nettoient l’argenterie de notre collection ou que la communauté de malvoyant·es qui nous aide à développer un programme pour ce groupe cible. Mais tous et toutes font partie de la communauté de M Leuven. »

 

Peter : « Dès qu’on commence à modifier sa structure, on touche inévitablement à la culture de son organisation : comment la construire de sorte que chaque employé·e puisse y déployer ses qualités de manière optimale ? Que chacun·e puisse donner du feed-back franc et honnête ? »

 

« C’est précisément pour cela que nous tenons à faire cet exercice conjointement. Les réorganisations se font souvent sans consulter les personnes concernées ; nous essayons de miser sur le dialogue. C’est d’ailleurs ce que nos employé·es attendent de nous. De nos jours, les attentes de son employeur·euse sont différentes qu’autrefois. On ne peut pas l’ignorer. »

 

Sigrid : « L’intention est de discuter des résultats du dialogue au sein de la direction et d’en faire part à nos partenaires et aux parties prenantes. Nous voulons ainsi aboutir à un plan d’action soutenu par l’ensemble de l’organisation et par les différentes parties prenantes. »

 

Marjan : « En ce qui me concerne – moi qui travaille ici depuis 20 ans –, c’est la première fois que j’ai réellement pu réfléchir à la manière dont nous voulons nous organiser. Avant, nous élaborions aussi des plans d’action – je dirigeais le service des Collections –, mais toutes nos autres tâches ne nous laissaient jamais assez de temps pour nous poser, nous concerter et réfléchir à notre mode d’organisation. »

Très motivés

Lore : « La nouvelle structure donne plus d’autonomie, plus de responsabilité à nos collaborateur·rices. Dans une structure hiérarchique classique, les gens ont rapidement tendance à travailler chacun de leur côté, ce qui engendre de la confusion, voire des conflits. Dans une structure horizontale, on part du principe de la responsabilité. Les collaborateurs ont ainsi plus de liberté pour travailler de manière autonome, dans un cadre clair bien sûr. »

 

Peter : « Cette clarté nous manquait. Il ne s’agit pas de régler des comptes avec le passé : il est sain que les idées s’affrontent parfois. »

 

Marjan : « Les personnes qui travaillent dans le secteur culturel sont souvent très motivées. Pour la plupart d’entre elles, ce n’est pas qu’un travail, mais une vocation. C’est beau, mais cela a aussi un revers : avant même de s’en rendre compte, on s’épuise. Dans notre secteur, il est donc impératif d’accorder une attention particulière au bien-être. »

 

Lore : « Au sein de M Leuven, il existe depuis longtemps un groupe de travail qui se penche sur le bien-être et il a déjà beaucoup accompli : l’idée des enquêtes sur le bien-être, par exemple. Mais on ne peut pas “parquer” le bien-être dans un groupe de travail : il doit être intégré dans toute l’organisation. C’est précisément pour cette raison que la responsabilité est si cruciale. Des collaborateur·rices qui ont conscience que leur savoir et leur expertise sont appréciés se sentent mieux dans leur travail. »

Portret directie museum M Leuven

© Josefien Tondeleir voor M Leuven

Restez à l’écoute !

Peter : « Cela fait plusieurs années que nous sommes engagés dans ce processus de changement. Le covid a entraîné des retards, et pendant ce temps, il a bien entendu fallu assurer le fonctionnement normal du musée. Nous pouvions difficilement dire au public : nous fermons le musée pendant un certain temps pour pouvoir réfléchir tranquillement (rires). »

 

Sigrid : « Nous avons dû réparer l’avion en plein vol. Ce n’est d’ailleurs jamais achevé. Si une organisation est complètement figée, elle ne peut plus réagir aux changements sociétaux. On devient alors soi-même une pièce de musée. »

 

Lore : « C’est une quête permanente. Il faut en quelque sorte trouver un langage qui nous permette de travailler ensemble. C’est pourquoi il ne nous est pas encore possible de dire quels changements concrets le public percevra. »

 

Peter : « J’espère que nous nous surprendrons nous-mêmes. »

 

Marjan : « M Leuven ne changera certainement pas de manière radicale. Nous continuerons à organiser des expositions, à prendre le plus grand soin de nos collections et à les enrichir, à rester attentifs aux liens entre l’art ancien et l’art contemporain… Mais si tout se passe mieux en coulisses, si nous pouvons tous et toutes encore mieux accomplir notre travail, le public le ressentira. Je dirais donc : restez à l’écoute ! »

 

Eva Wittocx, la directrice du département d’art contemporain, n’a pas pu assister à l’interview.